Édition
Naissance d'un livre tout fait main
Ce sont ces rencontres hebdomadaires avec les modèles qui m’ont donné envie de garder quelque chose, une trace, un témoignage un peu construit de ce temps passé à regarder l’autre, à en rendre compte, pas seulement à travers un dessin, plus ou moins habile –et d’ailleurs la maladresse peut dire autant que l’habileté, voire plus– mais grâce à un ensemble qui tente de dire la diversité de l’humain, sa richesse, son infinitude, et aussi de donner une idée de cet échange entre le regardant et le regardé, recherche de l’autre et de soi.
Conception, l’étape la plus longue. J’ai donc commencé à transformer quelques dessins en gravures, ou à graver directement devant le modèle, puis à assembler ces travaux -ou à les rejeter- suivant un rythme, d’où mon désir du livre « relié » pour garder un ordre.
J’en aurais fait autant avec ces messieurs, mais le format grand et vertical (je n’en aurais pas imaginé d’autre) m’a découragée, et je les ai donc rangés dans un coffret ce qui permet de les sortir ensemble ou individuellement, et de les promener. Les femmes sont cousues, liées, reliées…
Une gravure de grande taille complique toujours les choses : par exemple, si je veux utiliser l’eau-forte : il me faut un bac approprié, supérieur à la taille de la plaque pour la morsure. La plaque est plus lourde ou plus encombrante à manier, plus longue à encrer, à essuyer. Idem pour les papiers sur lesquels elle est imprimée. Les essais gâchent davantage de papier, etc.
Une fois les gravures mises au point et sélectionnées il a fallu procéder au tirage : le tirage des 12 fois 29 gravures fut long (voir l’autre document). Je l’ai effectué peu à peu au long des semaines, et des semaines. C’est un travail qui demande soin, concentration et énergie. J’ai aussi procédé au tirage des gravures séparées (environ la moitié du tirage prévu).
Je souhaitais des caractères très lisibles, et plutôt ronds. Ils m’ont proposé cette police qui m’a plu aussitôt. J’ai appris ensuite qu’elle portait le nom de Pascal et avait été dessinée dans les années 50. Le titre ILS a été imprimé à partir de caractères en bois.
La méthode dite « à la japonaise » était à la fois la plus simple et la moins dommageable pour les gravures (qui ainsi ne sont pas collées mais juste percées de trous d’aiguille en marge). Elle me rappelait un livre un peu précieux offert par ma meilleure amie de lycée. Et enfin j’en aime le dessin discret des fils. Laurel Parker a teint elle-même le fil au plus près de la couleur de la toile.
Enfin, je me suis lancée dans un travail au pochoir pour les couvertures
J’ai dû faire de nombreux essais d’encres, et de supports. Par prudence, j’ai découpé 48 seins et 24 « elles » afin de ne pas prendre le risque de tacher les plats préparés par Laurel.
